Cinéma

Raoul Taburin a un secret de Pierre Godeau - sorti le 17 avril 2019 - Adaptation de la BD éponyme de Jean-Jacques Sempé

Après Le Petit Nicolas adapté à l'écran dans plusieurs longs métrages et séries, c'est au tour de Raoul Taburin, une autre œuvre de Jean-Jacques Sempé, que Pierre Godeau a choisi de réaliser avec la complicité du fameux bédéiste. Ce projet tenait beaucoup à cœur à Sempé car c'est une de ses œuvres favorites, celle dans laquelle il se reconnaît le plus, affirme-t-il.

Raoul Taburin de Pierre Godeau - sorti le 17 avril 2019
Mai 2019

L'histoire du petit Raoul qui n'a jamais su monter à vélo et qui va tout faire -à tous les âges de sa vie- pour le cacher aux autres, nous est contée en voix off, celle de Raoul adulte, magnifiquement interprété par Benoît Poelvoorde. Ça berce, ça saisit, ça embarque. Je suis émerveillé par le « il était une fois », confie Sempé. Ajoutons que cette voix off, c'est la meilleure façon de traduire à l'écran les petites phrases qui figurent sous les dessins de Sempé.

Pour être le plus fidèle possible à l'esprit de Sempé – C'est très fin, c'est très ténu. Il fallait respecter ça, nous dit Pierre Godeau, il fallait un acteur archiexpressif qui puisse nous communiquer plein de choses, le film n'étant pas très bavard. Alors, qui mieux que Poelvoorde, ce grand fan de Sempé, qui a, à la fois, cette poésie, cette délicatesse et cet humour ? Nous avons aussi aimé le Raoul jeune homme joué par Victor Assié qui fait montre aussi de beaucoup de sensibilité et de maîtrise.

Soulignons l'histoire de l'amitié qui se noue entre Raoul (Benoît Poelvoorde) et le photographe Hervé Figougne (Edouard Baer) et qui est parfaite. Il faut savoir toutefois que les deux comédiens sont très amis à la ville : la joie d'être ensemble et de jouer ensemble s'en ressent pour le plus grand bonheur du spectateur ! L'humour est bel et bien au rendez-vous!

Le ressenti des personnages de Sempé, l'expression de leur vécu passe avant tout par le rêve et la poésie...L'onirisme fait partie intégrante de l'univers de Raoul Taburin car c'est bien de ça dont il est question : qu'est-ce qui se dit et qu'est-ce qui ne se dit pas? Ce qui n'est pas pour déplaire au metteur en scène qui déclare avoir aussi un côté naïf, enfantin et très rêveur.

Le vélo apporte lui aussi une touche fantastique au récit. Sa personnification se traduit par le bruitage de ses rouages, comme une respiration caractéristique. Il possède son autonomie et son mouvement propre si bien que les looping et vol plané dans les airs s'intègrent naturellement au récit. Comme si tout était possible avec cette créature-là !

Deux très jolis villages de la Drôme, Venterol et Mollans-sur-Ouvèze, ont servi de décor provençal au film et le réalisateur a opté pour le naturel : Sempé est un très bon observateur. Un pont s'est fait entre la poésie et le naturalisme. Et il continue : On a repeint quelques façades pour donner ce côté pastel et apporter des couleurs un peu plus vives pour les costumes, c'est ce que fait Sempé pour attirer l'attention au centre du dessin, là où se passe l'action. Nous avons envie d'ajouter, pour mieux suivre les personnages d'un âge à l'autre : la salopette bleue de Raoul, la jupe à fleurs de Josyane (Karine Orth et Marilou Aussilloux), la robe rouge de Madeleine (Suzanne Clément et Llona Bachelier), etc. Ainsi, on ne peut pas se perdre, mille clins d'oeil sont de cette façon distribués.

Simple et risquée, cette adaptation du Raoul Taburin de Sempé est une réussite. C'est comme si Sempé avait écrit la musique, et moi, j'avais juste à être le chef d'orchestre, déclare modestement Pierre Godeau. Il peut être fier de lui en tout cas !

 

© Sylviane Colomer - Centre International d'Antibes 

 

 

 

 

 

 

 

 

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