Cinéma

Intime conviction d'Antoine Raimbault sorti le 6 février 2019

Les bons films récents portant sur des affaires criminelles ne sont pas légion. Une intime conviction semble pourtant déroger à cette règle. Ce film est consacré à l’affaire Viguier qui avait défrayé la chronique il y a dix-neuf ans. Et pour cause : elle impliquait un respectable professeur de droit de l’Université de Toulouse, Jacques Viguier. Celui-ci était ni plus ni moins accusé d’être à l’origine de la disparition de sa femme. Mis en examen pour assassinat et après de multiples péripéties, Viguier avait été acquitté en 2009 puis rejugé un an après.

Intime conviction d'Antoine Raimbault sorti le 6 février 2019
Mars 2019

 « Je n’ai pas changé un mot du procès Viguier, ni un mot des écoutes téléphoniques » confie le réalisateur, Antoine Raimbault. Le spectateur comprend d’emblée que ce film a nécessité un énorme travail de préparation : le réalisateur a assisté aux deux procès et a pris patiemment connaissance de la totalité des écoutes téléphoniques. Bref, il a étudié l’ensemble du dossier et des procès-verbaux. Antoine Raimbault (qui n’en est pas à ses débuts puisqu’il a déjà réalisé quatre courts métrages depuis 2001) signe ici son premier long métrage et nous promet certainement une brillante carrière.

En ce qui concerne les acteurs, Marina Foïs incarne une jeune femme prénommée Nora tandis qu’Olivier Gourmet joue le rôle de maître Dupond-Moretti. Olivier Gourmet, acteur belge qui s’est fait connaître avec des films tels que La Promesse ou Rosetta des frères Dardenne, parvient avec brio à incarner ce ténor du barreau. Son interprétation conjugue liberté et fidélité. En effet, l’acteur n’a pas cherché à reproduire froidement son personnage, même s’il reprend certaines attitudes du célèbre avocat. Quant à Marina Foïs (dont le compagnon dans la vie réelle n’est autre qu’Eric Lartigau, le réalisateur de La famille Bélier), elle est particulièrement crédible dans ce rôle de femme prête à tout pour faire triompher son intime conviction. Convaincue de l’innocence du prévenu, elle va sacrifier sa vie professionnelle et sa famille pour défendre Jacques Viguier. Quant à Laurent Lucas, qui endosse le rôle de l’accusé, il nous donne un aperçu de la personnalité de Viguier. Ayant des difficultés à se défendre de façon convaincante, les prises de paroles du professeur d’Université ont contribué à le desservir lors de ses procès. De leur côté, médias et vindicte populaire furent à l’origine d’un processus de dénigrement général et présentèrent l’accusé comme un coupable idéal.

 Il est à noter que le personnage de Nora, cette voisine persuadée de l’innocence de Jacques Viguier, n’a jamais existé. Au début du film, un bandeau annonce que le film a été conçu "d’après des faits réels", ce qui a autorisé une certaine liberté de la part du réalisateur.

Ce qui frappe dans ce film, c’est la volonté de refléter l’ambiance d’un procès tout en refusant de présenter une vision idéalisée qui contiendrait des jugements de valeur. En effet, le film porte sur le procès en appel et essaie d’être le plus fidèle possible au déroulement de l’instruction. L’atmosphère des tribunaux, les joutes verbales des avocats, les tensions et les non-dits sont particulièrement bien retranscrits à l’image. Mais il s’agit aussi d’une réflexion sur la Justice. Dans notre pays, c’est l’intime conviction d’un nombre limité de personnes, les jurés, qui joue un rôle prépondérant dans les affaires criminelles. Dans un dossier où il n’y a ni arme du crime, ni cadavre, ni preuves matérielles, le spectateur mesure à quel point il est nécessaire de recourir à l’acquittement pour éviter une erreur judiciaire. En paraphrasant un des personnages du film, nous aboutissons à la conclusion qu’il faut rendre la justice et non imaginer ou juger.

« Mon film essaie de comprendre comment on juge un homme en France. C’est un film sur le doute, la quête impossible de la vérité », conclut Antoine Raimbault. Cette phrase semble résumer à merveille l’intérêt d’Une intime conviction. Nous vous encourageons donc à voir en salle cette œuvre à la fois haletante et instructive qui ne vous décevra certainement pas.

 

© Jean-Luc Pichon - Centre International d'Antibes 

 

 

 

 

 

 

 

 

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