Cinéma

Lola Pater de Nadir Moknèche

Nadir Moknèche est de retour. Après plusieurs films engagés , le cinéaste franco-algérien offre le premier rôle de son nouveau long-métrage, Lola Pater, à Fanny Ardant. Il s'est inspiré de Bambi, la célèbre transexuelle des années 50 pour créer le personnage incarné par l'actrice.

de Nadir Moknèche - Date de sortie : 9 août 2017 - Distributeur : ARP Sélection
Septembre 2017

Avec Lola Pater, Nadir Moknèche1 touche à la notion du pater tout-puissant dans nos sociétés monothéistes en osant suggérer que le géniteur, ce vrai dieu, renonce à sa virilité. Pourtant, le film ne cherche pas à délivrer une thèse. L'histoire est simple et extrêmement émouvante : Zino, un jeune homme de 25 ans, va découvrir, à la mort de sa mère, son géniteur algérien (Farid) devenu femme (Lola)!

Tewfik Jallab - Né quelque part (2013); La marche (2013); Ce qui nous lie (2017)- est très convaincant dans le rôle du fils, la sobriété et la Tewfik Jallab.jpg justesse de son jeu apporte une authenticité rare qui vient parfaitement s'ajuster à l'extravagance de Lola que joue Fanny Ardant, avec toute la sincérité et l'insolence qu'on lui connaît.

Le père et son fils s'opposent, d'abord ennemis puis complices possibles. Leur histoire est à la fois celle d'un affrontement et celle d'un apprentissage. Evidemment, comble de l'ironie : les valeurs qui sont transmises au jeune homme en plein "Oedipe" sont celles d'un hors-la-loi, un hors-norme. Et l'humour aide à illustrer la gravité du sujet.

Finalement, après la rage qui le submerge (Je ne sais pas ce qui me retient de vous casser la gueule! lance Zino à Lola quand elle lui apprend qu'elle est son père), le fils va lentement se réconcilier avec ce parent dont il a été si longtemps séparé. En somme, mieux vaut une Lola vivante qu'un Farid mort!

Nadir Moknèche séduit aussi avec les portraits des seconds rôles qu'il traite avec beaucoup de douceur. Le réceptionniste sri-lankais, par exemple, qui, par pure gentillesse, reconnaît la ressemblance de sa cliente Lola avec Beyoncé. Mais aussi la compagne de Lola (Véronique Dumont) dont il fait percevoir le dévouement sans faille et l'amour infini dans une magnifique scène à l'hôpital.

"Lola, ce pater pas comme les autres que j'ai imaginé, je voulais le faire échapper aux clichés" : Nadir Moknèche a gagné son pari, Lola trouve naturellement sa place auprès de ceux qui l'accepte telle qu'elle est.

Un beau film touchant à ne pas manquer.

 

© Sylviane Colomer – Centre International d'Antibes

 

Notes :

1- Le harem de Mme Osmane, son premier long-métrage sorti en  2000 se passe à Alger en 1993 alors que débute la guerre civile.

En 2004, dans Viva Ladjérie, il dresse le portrait de 3 femmes au bord de la crise de nerfs dans une Algérie qui se relève de 15 ans de terrorisme islamiste, un pays meurtri mais qui aspire à la liberté. C'est le premier film algérien à montrer la nudité et évoquer l'homosexualité.

Depuis Délice Paloma en 2007, pour lequel le cinéaste n'avait pas reçu de visa d'exploitation en Algérie, pour avoir trop bien dénoncé la corruption au sein de l'Etat, Nadir Moknèche a choisi de ne plus tourner dans son pays d'origine.

C'est au Maroc qu'il réalisera Goodbye Morocco en 2013, un thriller à l'américaine, un film noir, que nous avions présenté dans le Français et Vous.

Il revient en France en 2017 avec Lola Pater.

 

 

Partager

D'autres coups de coeur cinéma

Après Le Petit Nicolas adapté à l'écran dans plusieurs longs métrages et séries, c'est au tour de Raoul Taburin, une autre œuvre de Jean

La critique, une fois n'est pas coutume, semble unanime. Le dernier film d'Albert Dupontel, Au revoir là-haut, adapté du roman de Pierre…

Les bons films récents portant sur des affaires criminelles ne sont pas légion. Une intime conviction semble pourtant déroger à cette règle. Ce film…

Barbara… 2017 est l’année de commémoration de notre Dame brune, notre clown noir disparue en novembre 1997. Comment raconter cette artiste de légende